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21/03/2017 - TOM D'HALLUIN

COMMENT ORGANISER APRES LE 22 MARS?

Sortir, c'est prendre des risques

 

Tempête mortelle ravageant un festival de musique, attentats de Paris, Bruxelles, Istanbul, Nice, voiture renversant des cyclistes, … Après chaque événement marquant, nous nous demandons: 'Pouvons-nous encore sortir, assister à un événement ou simplement nous balader en rue en toute insouciance?'. Moi aussi, je me demande parfois en tant que père de deux jeunes enfants et organisateur d'événements s'il est encore opportun d'organiser de grosses manifestations ou de nous rendre en tant qu'individu à un événement. Les risques potentiels sont importants, mais je suis convaincu qu'avec une vision intégrale de la sécurité, nous pouvons gérer les risques, sans intervention draconienne des services d'ordre.

Tom Bellens, Push To Talk

“Personne ne veut de pouvoirs publics bridant le monde creatif des evenements. Mieux encore, meme ces pouvoirs publics n'y ont aucun interet et n'en ont aucune envie"

LES EVENEMENTS DE MASSE SONT INCONTOURNABLES

Sortir, c'est prendre des risques. Il s'agit d'un équilibre précaire entre organisation, sortir et sécurité … Le dernier mot n'a pas encore été prononcé à ce sujet. Chacun y va de son avis, crie et tempête depuis la ligne de touche et demande au plus vite de nouvelles règles. Le chauffeur aurait dû faire plus attention, les voitures doivent être interdites aux sorties d'école, l'organisateur doit investir plus, … Pouvons-nous éviter ceci? Vivrons-nous un jour dans une société sans risques? Chacun se préoccupe de la sécurité, mais le destin et les éléments naturels imprévus peuvent toujours frapper. Une société 100% sûre n'existe pas.
La solution la plus simple consisterait peut-être à ne plus sortir, à ne plus rien organiser. Mais tout le monde sent directement que ce n'est pas une option. Les grands et petits événements doivent bien entendu subsister. Nous réunir, faire la fête, profiter de musique ou de sport, ou partager notre peine sont simplement ancrés dans notre ADN. Même juste après les attentats de Bruxelles le 22 mars 2016, les gens ont à nouveau cherché la foule à la Bourse pour se soutenir. Cela prouve que les événements existeront toujours.

L'HOMME, PLUS GROS FACTEUR DE RISQUE

Tout organisateur sait que chaque événement comporte des risques. Vous avez beau prévoir de multiples scénarios, analyser les risques potentiels, préparer des scénarios d'urgence, … L'impossible peut toujours se produire. D'autant plus que vous êtes confronté à chaque événement au facteur de risque le plus instable et imprévisible: l'homme.
Les gens se comportent autrement en groupe que seuls et en déplacement que chez eux. Les visiteurs peuvent aussi apporter des objets dangereux, adopter un comportement inapproprié, ou même avoir des idées invisiblement dangereuses. Vous pouvez encore repérer et retirer un couteau, mais pas une idéologie. Pour les gens nourrissant de mauvaises intentions, tout devient aussi une arme.

APPROCHE DIFFERENTE POUR PLUS DE SECURITE

Pour gérer ce facteur incertain, il faut organiser des événements avec une vision intégrale de la sécurité. Pour cela, on accorde une attention particulière aux trois points suivants.

1. libertés individuelles versus intérêt général

Je trouve qu'aujourd'hui, nous pouvons exiger sans scrupules des participants à de grands événements qu'ils renoncent à une partie de leur liberté individuelle en fonction de l'intérêt général. Ils doivent accepter que la présence d'objets dangereux dans leur sac soit vérifiée, de parquer leur voiture aux endroits prévus par l'organisateur, de suivre le chemin indiqué, … Cette foule peut ainsi être mieux contrôlée et gérée. Mais pour pouvoir le faire correctement, il est important que l'organisation et les pouvoirs publics collaborent comme une équipe partageant la même communication et la même vision. La communication est ainsi non seulement meilleure, mais ce professionnalisme force également le respect des participants, qui ont alors plus tendance à suivre les consignes de sécurité. De nombreux événements utilisent déjà à l'avance un #hashtag pour partager des informations sur l'événement (line-up, heures d'ouverture, infos de dernière minute). Ce hashtag peut être utilisé rapidement par les services de secours en cas de crise. Cela exige une certaine concertation et surtout beaucoup de bonne volonté. Grâce à une collaboration plus étroite, vous avez aussi en tant qu'organisateur bien plus une 'vue panoramique' pour gérer les participants individuels.

2. une meilleure collaboration entre l'organisation et les pouvoirs publics permet de moins sollicite

Depuis quelques années déjà, il y a aux grands événements une concertation permanente entre l'organisation et les pouvoirs publics, au sein d'un poste de commandement opérationnel ou CP-OPS. Les différents services de secours ou disciplines collaborent ainsi étroitement afin de pouvoir assurer les secours rapidement en cas d'incident. Les cinq disciplines les plus importantes sont les pompiers, les services médicaux, la police, la logistique et la communication. Cela se passe déjà bien, mais il y a encore une marge d'amélioration.
Pour bon nombre d'événements, cette manière de procéder n'est toutefois pas encore appliquée. En cas de calamité, cela ralentit la coordination des services de secours. Un autre inconvénient, c'est que le rôle de l'organisateur n'est pas défini légalement. Il ne joue donc officiellement aucun rôle dans cette concertation de sécurité. De nombreux organisateurs n'apprécient pas tellement les pouvoirs publics leur imposant toutes sortes de règles bridant leur créativité. En bons Belges que nous sommes, nous tentons donc d'adapter les règles à nos intérêts, nous les interprétons ou pire encore, nous n'en tenons pas compte. Le défi consiste à chercher un équilibre dans ce que l'organisation peut faire, et le rôle des pouvoirs publics (comme les pompiers et la police). Ici aussi, la solution est une meilleure collaboration entre l'organisation et les pouvoirs publics: quelles tâches l'organisation peut-elle assumer, lesquelles incombent aux pouvoirs publics. En collaborant mieux, il est possible de mieux contrôler la sécurité, sans trop solliciter les services d'ordre et de secours déjà débordés.

3. plus de professionnalisme dans le secteur

Le jeu est resté le même, mais les règles du jeu ont changé. Le secteur événementiel doit en avoir conscience. Nous devons absolument continuer d'organiser des événements! Nous ne voulons pas d'une société sans événements d'entreprise et événements de masse. Mais ces organisateurs doivent également changer dans ce contexte. L'organisation d'un événement est plus que jamais une branche où les règles, les procédures et l'intelligence sont importantes, tout comme l'expérience et la connaissance de l'organisation de la sécurité. Tout le monde peut s'autoproclamer organisateur. Je ne réclame certainement pas une formation obligatoire, mais bien une dose obligatoire de connaissance, d'expérience et surtout de compréhension de la sécurité. Une bonne prise en compte de la sécurité déterminera encore bien plus le succès d'un événement. Notre job a d'autres règles du jeu, que cela nous plaise ou non. La solution finale est une culture de la sécurité étendue dans le secteur événementiel. Chaque événement doit tenir compte presque dès l'idée de la sécurité. Pendant tout le processus, la sécurité doit être un point crucial. La zone de tension entre créativité et sécurité subsistera toujours, mais la créativité ne doit pas l'emporter en vainqueur logique. Cette considération est un travail de spécialiste.

CONCLUSION

Une meilleure collaboration avec les pouvoirs publics et un professionnalisme accru dans le secteur événementiel constituent le fil rouge de cet exposé. Cela ne signifie pas qu'il n'y a pour le moment rien de bien, mais que tout peut encore être nettement amélioré. Et surtout dans ce contexte où la peur s'insinue inévitablement dans nos esprits, nous ne devons pas manquer l'occasion de travailler en ce moment à une vision intégrale de la sécurité lors de l'organisation d'événements.
Je vous souhaite déjà à tous un printemps et un été magnifiques, jalonnés d'événements pour profiter de la musique, nouer des contacts, forger des liens d'amitié, prendre des selfies joyeux, … et se rendre compte que, dans les coulisses, l'organisation met tout en œuvre pour que vous puissiez profiter avec une sécurité maximale.
Nous devons continuer d'organiser. Une vision intégrale de la sécurité fait une grande différence, mais ne doit pas altérer le plaisir. Je continue d'y croire tant que nous discutons, dialoguons, ... ?